Dans la première partie du dossier concernant le mouvement beat , nous sommes remontés aux sources du courant hipster. Dans cette dernière partie, nous allons faire un rapprochement entre la Beat Generation/Hipster/Hippie et le cinéma. Nous essayerons, tous ensemble, main dans la main, à la queue leu-leu, d’interpréter le fond de quelques films choisis soigneusement et de dévoiler l’esprit beat qu’ils dégagent.

Pour lire la première partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.

Il y a des milliers de films qui traitent de la Beat Generation. Il y a des mauvais, mais il y a surtout des bons, comme Le Festin nu de David Cronenberg, une adaptation du roman éponyme de William S. Burroughs, réputé inadaptable. Cronenberg nage depuis un bout de temps dans le body horror, et avec Le Festin nu il cumule un nombre colossal de WTF par plan : des insectes imm(onde)enses, des créatures qui ressemblent à l’intérieur d’un sphincter et de la drogue, bien évidemment, parce que ces atrocités sont le fruit d’un bad trip. Maintenant, mon enfant, tu sais à quoi ressemble un bad trip : à un anus qui parle. Alors pas touche à la gue-dro.

Peter Weller en William « Bill » Lee dans Le Festin nu

Peter Weller en William « Bill » Lee dans Le Festin nu

Le Festin nu peut être beat indépendamment du roman. Sa construction perturbante, déjantée et inclassable permet au film de se détacher de ce que faisait le cinéma rationnel pour offrir une nouvelle définition absurde ou plutôt abstraite du 7ème art. L’univers de Cronenberg est un art absurde à part entière et avec cette adaptation, il confirme la possible fusion entre l’irrationnel et le bon sens. Pour faire simple, le rêve est souvent difficile à raconter, un bad trip aussi, eh bien ce film défie la difficulté pour titiller l’impossible afin de pouvoir raconter ce « rêve ».

Le Festin nu est une adaptation d’un roman qu’on considérait comme beat. Je dis bien « considérait », parce que Burroughs refusait qu’on l’assimile à ce mouvement juste parce qu’il était ami avec Kerouac et Ginsberg. Et sinon, un film, peut-il être beat sans être une adaptation d’un livre issu de la Beat Generation ? Ce à quoi je réponds : « OUI ! » Bon, ne nous emballons pas et voyons voir ça.

Sur la route
Commençons par le road-movie. Un genre toujours en mouvement, qui explore l’infini et qui vient de nulle part en allant vers l’inconnu. En gros, dans le road-movie, le point A et le point B ne sont pas le point de départ et le point d’arrivée du héros, mais plutôt le point de fuite et le là-bas, le je-ne-sais-où, mais fuyant quand-même. Le road-movie devient un genre grâce à Easy Rider de Dennis Hopper, un film qui participe, en même temps, à la naissance du Nouvel Hollywood, mais ça c’est une autre question.

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Dennis Hopper et Peter Fonda en Wyatt et Billy dans Easy Rider

Dans ce film, les deux protagonistes décident de quitter Los Angeles en allant participer au carnaval de la Nouvelle-Orléans. Sur leurs choppers (motos), ils traversent l’Amérique profonde et font des rencontres inattendues qui pimenteront leur récit. On peut considérer ici la route comme étant un personnage à part entière. Elle participe à l’évolution du duo tout au long de la traversée. Le personnage de la route, qu’on appellera ici l’« Imaginaire » intervient et acte en usant des rencontres comme points d’attache ou fil conducteur pour faire avancer l’histoire. L’Imaginaire (qui est ? LA ROUTE ! Faut suivre, mon gars.) les pousse vers l’avant, à une quête de soi. Le personnage qu’incarne Peter Fonda, Wyatt a.k.a Captain America, dit à un moment donné du film, en affirmant n’avoir jamais voulu être quelqu’un d’autre que lui-même : « Well, I’am just getting my thing together », il veut se retrouver, cela montre en lui une envie de se libérer. Ce détachement de l’étroitesse entrera en jeu une fois sur la route. Dans cette dernière, il renouera des liens avec la nature en se renonçant à la civilisation.

Encore une fois, comme chez la Beat Generation, on retrouve dans Easy Rider un refus du capitalisme et du libéralisme américain. La rencontre des deux protagonistes avec George Hanson, interprété par Jack Nicholson, permet d’aborder cette question du libéralisme et de la liberté individuelle.

C’est très dur d’être libre lorsqu’on est acheté et vendu sur le marché. Bien sûr, ne leur dites jamais qu’ils ne sont pas libres, parce qu’alors ils vont se mettre à tuer et estropier pour prouver qu’ils le sont. Pour sûr, ils vont vous parler, et parler, et parler encore de droits individuels. Mais lorsqu’ils voient un individu libre, ça leur fout les jetons.

Cette réplique donne l’image mesquine sur laquelle l’Amérique s’est construite, que la Beat Generation et les hippies voulaient déconstruire.

Quant au refus du capitalisme, il se résume dans la réplique courte et précise de Wyatt : « We blew it ! » Il répond : « On a déconné ! » à Billy après que ce dernier lui ait dit : « On y est arrivé. On a de l’argent et on est libre. On est riche Wyatt. On peut passer notre retraite en Floride. » On comprend alors qu’ils ne se sont pas retrouvés, comme le voulait Wyatt. Leur quête de soi, leur point B, était un échec, puisque comme vous le savez tous, l’argent, eh ben il ne fait pas le bonheur !

Enfin, Easy Rider permet de mettre en images le rêve américain et l’Amérique profonde décrite par les beats dans leurs œuvres. Une Amérique conservatrice, raciste par moment, mais embellie par la classe populaire et contre-culturelle, mais surtout une Amérique mortifère.

Vas-y, fais tourner !

On a parlé dans la première partie du dossier, d’une Beat Generation plutôt angélique, un mouvement jovial, qui se tapait des road trip pour assoiffer l’envie de s’évader. Mais cette envie de s’évader ne s’étanchait pas que grâce aux road trip. La drogue occupait une place non négligeable chez les beats (ou beatniks, appelez-les comme vous voulez). Il y avait les acid test plus tard chez les hippies, des étranges expériences psychédéliques qui ne se finissaient pas souvent dans la joie et la bonne humeur. Mais avant les acid test, le LSD, la marijuana, ces drogues qui stimulent le chill et la lenteur, il y avait une amphétamine conçue au départ pour soigner les troubles respiratoires et qu’on appelait la Benzédrine. Cette drogue, qui booste l’énergie créative, était populaire dans les années 20 et 30 et a influencé un bon nombre d’artistes. Dans les années beat, malgré son lent déclin, les beatniks la consommaient régulièrement pour reproduire ses effets. D’ailleurs, la légende raconte que Sur la route a été écrit sous l’effet de Benzédrine et que Miles Davis, maître incontesté du bebop et du jazz modal, était un consommateur fervent de ce décongestionnant.

La drogue, donc, était une source d’inspiration, un sujet de production artistique. Certains ont réalisé des œuvres sous l’effet de celle-ci, d’autres pour l’effet de cette dernière. Allen Ginsberg en parle dans son magnifique soliloque Howl. William S. Burrough écrit Le Festin nu sous l’influence de celle-ci et s’il n’y avait pas de drogue, on ne connaîtrait jamais l’incroyable histoire d’un écrivain-poète-toxicomane-criminel raté nommé Herbert Huncke. Pionnier des droits homosexuels, ce mec avait tout pour lui, mais il n’a pas su comment en profiter. Herbert est considéré comme ayant inventé l’expression qui a finalement décrit toute une génération en utilisant le terme « beat » dans son Huncke’s Journal pour décrire une personne très pauvre, sans perspectives de vie et qui survit au jour le jour. Herbert Huncke est donc un personnage clé de la Beat Generation, un laissé-pour-compte qui a suscité la sympathie du trio beat, des jazzmen (il était ami avec B. Holliday, C. Parker et D. Gordon) et de Jerry Garcia, membre de The Grateful Dead, qui pour anecdote payait le loyer de Huncke alors qu’il ne l’a jamais rencontré.

Herbert Huncke photographié par Allen Ginsberg

Herbert Huncke photographié par Allen Ginsberg

Donc, pourquoi la drogue ? Je vous réponds : « Parce que Drugstore Cowboy. » Mais avant de parler de Drugstore Cowboy, jetant un coup d’œil sur son réalisateur. Gus Van Sant (ou GVS pour les intimes), est probablement le plus beat des réalisateurs. Sa filmographie déborde de clins d’œil à la Beat Generation. Son premier film, Mala Noche, un petit drame indépendant porté par des acteurs non-pro, était l’adaptation d’un récit autobiographique éponyme d’un certain Walt Curtis, un proche du mouvement beat. L’idée de Mala Noche lui venu à l’esprit sur le tournage de Proprety, un film qui met en scène des artistes de la Beat Generation, et GVS était ingénieur du son sur ce film. Quelques années plus tard, Gus Van Sant met en scène River Phoenix et Keanu (« Jesus ») Reeves dans My Own Private Idaho, un film qui suit les pérégrinations de deux tapins-toxicomanes qui traversent l’Amérique en se prostituant pour survivre. L’histoire est moche, mais le film est beau. Par son esthétique, il rend hommage à l’utopie beat par ses routes à perte de vue et par son approche de la sexualité. My Own Private Idaho est aussi beat grâce à ses personnages, on peut les considérer comme des archétypes miroir de ce qu’était les beatniks des années 50 : des homosexuels prêts à fracturer la bienséance, des junkies bourgeois qui fréquentaient le milieu populaire parce que c’était là qu’on trouvait l’adrénaline, des garçons en moto qui transpiraient la poussière dégagée par le ronflement des choppers (Easy Rider, toi-même tu sais, wesh !), etc.

Tim Streeter et Doug Cooeyate en Walt Curtis et Johnny dans Mala Noche

Tim Streeter et Doug Cooeyate en Walt Curtis et Johnny dans Mala Noche

Le road movie, Gus Van Sant le réitère une nouvelle fois dans Even Cowgirls Get the Blues. Plus comique, plus western et du côté lesbien de l’homosexualité cette fois-ci. Dans ce film, GVS permet à la Beat Generation et au road movie d’avoir son icône féminine. Il met en scène un personnage féminin, Sissy Hankshaw, joué par Uma Thurman, qui souffre d’une malformation des pouces. Et qu’est-ce qu’on fait quand on a une malformation des pouces ? Eh ben, on fait de l’autostop, la passion dont se consacre Sissy.

Le cinéma GVS est une fresque qui regorge de traces explicites de ce qu’était la Beat Generation : Harvey Milk hippie-beat par son contexte et par le militantisme de son personnage réel, qui défendait les droits des homosexuels et la liberté individuelle au passage ; Gerry aussi était beat à travers son esthétique, l’errance et le processus d’évolution de ses personnages au fil de l’histoire.

Casey Affleck et Matt Damon en Gerry et Gerry dans Gerry

Casey Affleck et Matt Damon en Gerry et Gerry dans Gerry

Puis, il y a Drugstore Cowboy, un film qui se frotte à la drogue avant Trainspotting et Requiem for a Dream. Drugstore Cowboy avant d’être un film c’était un livre, un livre écrit par un auteur assez intéressant : James Fogle. Et James Fogle avant d’être un auteur c’était un toxicomane et un criminel multirécidiviste, devenu écrivain de polars en découvrant la littérature en prison. Gus Van Sant se saisit de ce roman pour réaliser son deuxième film et plonge ainsi le spectateur dans une expérience étrange : leur faire aimer des toxicomanes qui n’hésiteraient pas à leur couper la gorge pour un soupçon de drogue. Parce que les personnages du film sont tout sauf des têtes d’anges, si on se réfère à la vraie histoire de James Fogle. Mais au lieu de dresser un portrait terrifiant des protagonistes, Gus Van Sant s’interroge sur les vraies raisons qui poussent l’humain vers l’inhumain.

Matt Dillon et Kelly Lynch en Bob et Dianne dans Drugstore Cowboy

Matt Dillon et Kelly Lynch en Bob et Dianne dans Drugstore Cowboy

On trouve aussi chez Gus Van Sant dans ce film un éloignement du pathos, à rendre le toxicomane vulnérable ou encore malveillant. Il ne cherche pas à condamner la toxicomanie ou à pousser les gens à la drogue, mais il encourage simplement le spectateur à assumer ses actes.

On a parlé un peu plus haut du point A et du point B, le point du départ et celui de l’arrivé. Wyatt, dans Easy Rider, son point d’arrivé était un échec. Et la drogue peut finir dans un point d’échec aussi, dans ce qu’on appelle l’overdose, mais cette histoire est souvent ressassée par des clichés qui montrent le toxico comme une espèce rebus qui finit souvent au fond du trou, et Drugstore Cowboy est là pour briser la règle. Il offre de l’espoir, où la drogue n’apparaît pas uniquement comme une fascination ou encore comme une souffrance, mais comme une conséquence d’une vie perturbée venant pour calmer les douleurs, jusqu’à sa fin certaine, overdose peut-être, mais rédemption surtout.

Enfin, on note le petit rôle de William S. Burroughs en vieux prêtre camé, qui ancre le film dans une réalité beaucoup plus cruelle en montrant que tout le monde peut y sombrer, notamment les plus religieux d’entre nous, ceux qui sont sensés montrer le bon chemin.

Le monde était fou, quand on songeait qu’une majorité pleine de préjugés trouvait normal et même nécessaire que ceux dont elle désapprouvait le comportement soient punis – une réprobation souvent due à un lavage de cerveau opéré par des requins qui voyaient la justice comme moyen d’augmenter leur fortune ou leur pouvoir. Mais il y avait pire : le petit fonctionnaire qui n’avait pas grand-chose à gagner. Celui-là pouvait condamner une multitude de gens à la détention dans des conditions déplorables sans que cela lui pose le moindre problème de conscience, simplement pour conserver son emploi de gratte-papier.[1]  

GVS, la Beat Generation te remercie.

L’Hollywood nouveau

Nous avons évoqué le Nouvel Hollywood un peu plus haut quand on s’est penché sur Easy Rider. Pour faire bref, le Nouvel Hollywood rassemble une poignée de cinéastes sous la bannière d’un mouvement cinématographique qui exerce entre les années 60 et 80. Le Nouvel Hollywood brise les règles établies par l’âge d’or hollywoodien et inscrit le cinéma dans la contre-culture.

Le Nouvel Hollywood donne le pouvoir de la création aux réalisateurs, contrairement au vieil Hollywood pris par les grands studios et les liasses des producteurs. Ce pouvoir de création permet aux réalisateurs de s’affranchir de la bien-pensance pour toucher des sujets tabous censurés par le cinéma classique, comme les magouilles politiques, la corruption, la violence, le droit à la parole aux autochtones des Amériques et surtout la sexualité. Et parmi les réalisateurs révélés par le Nouvel Hollywood on peut citer quelques uns comme Terrence Malick, Brian de Palma, Arthur Penn, Richard C. Sarafian, Georges Lucas, Stanley Kubrick ou encore Dennis Hopper (Easy Rider, toi-même tu sais, wesh !2) Ces réalisateurs s’inspirent beaucoup du cinéma européen et s’inscrivent dans la même lignée que la Nouvelle Vague et le néoréalisme italien.

En parlant du néoréalisme italien, il y a un réalisateur – qui n’a rien à voir avec le néoréalisme (j’en parle parce qu’il est italien) – qui a inspiré un bon nombre de cinéastes et qui inspire encore aujourd’hui. Si je vous dis La Nuit, Femmes entre elles, Le Cri, Blow-Up, vous me dites ? Une partouze… mais en fait pas du tout ! Je parle évidemment de Michelangelo Antonioni.

Michelangelo Antonioni et sa muse Monica Vitti ©GettyImages/Le Monde

Michelangelo Antonioni et sa muse Monica Vitti ©GettyImages/Le Monde

Michelangelo Antonioni, pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous recommande cette rétrospective de la carrière du bougre du cinéma italien réalisée par Blow Up, l’émission d’Arte. Je vous laisse 5 minutes et on reprend.

Ce qui nous intéresse ici chez Michelangelo Antonioni c’est son court parcours hollywoodien, qui se résume à un film, mais pas n’importe lequel. Déjà c’est une expérience qu’il faut ressentir tellement c’est beau et puis il correspond parfaitement au sujet que nous traitons ici (à savoir la Beat Generation, pour ceux qui se sont perdus), son influence sur le cinéma et la contre-culture. Ce film porte comme titre l’endroit où la majorité du film a été tourné : Zabriskie Point, le parc national de la vallée de la Mort, donc il s’intitule ? Zabriskie Point, bien.

Zabriskie Point est la rencontre de deux êtres fusionnels qui s’échappent de la civilisation pour revivre, en quelque sorte, le mythe du bon sauvage, du retour à la nature, une nature sèche et poussiéreuse en ce qui concerne le film d’Antonioni. Ce retour à l’état sauvage pour explorer ses chakras était un des points majeurs de l’utopie hippie, cultivée auparavant par le précurseur, la Beat Generation.

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Mark Frechette et Daria Halprin dans Zabriskie Point

Le film s’ouvre sur une scène qui résume à elle seule ce qu’étaient les États-Unis des années 60 à savoir un « État fasciste » : une manifestation d’étudiants qui s’opposent à l’individualisme bourgeois, elle tourne au vinaigre : affrontements physiques, décès, omniprésence policière. Cette partie du film offre la parole aux étudiants pour exprimer leurs revendications. Le décès d’un étudiant noir, puis d’un policier pousse Mark, un des protagonistes du film interprété par Mark Frechette, à s’enfuir, persuadé que l’on croit que c’était lui le meurtrier.

On revient donc une nouvelle fois à nos points A et B : le départ de Mark commence à partir d’un point de fuite, d’abord par peur et ensuite par envie, et finit dans un point que je considère comme la représentation cinématographique de ce que peut produire un texte littéraire sur l’idée de l’errance et de la béatitude rêvé par les beatniks et par l’utopie hippie : euphorie.

La rencontre de Mark avec Daria dans le désert marque le début d’une histoire d’amour. Cette dernière, racontée d’une manière fantasmagorique, permettant au couple de sillonner l’idée de la nature sauvage et du retour aux origines telle qu’elle est rêvée par les beatniks et les hippies. Le rêve et le désert leur offrent un lieu de renaissance, Mark et Daria deviennent alors Adam et Eve et peuplent leur imagination d’autres couples explorant leurs corps sous des couvertures de sable. Mais le rêve s’arrête là quand Mark, libéré de ses regrets, apaisé, décide de retourner à la civilisation. Sa béatitude retrouvée sera arrachée par la suite par les gardiens de la paix ! Pouvons-nous donc dire que Zabriskie Point n’est pas un modèle d’optimisme ? Que l’utopie beat sera toujours arrachée par la civilisation des grandes enseignes ? Antonioni avait déclaré : « Zabriskie Point représentera pour moi un engagement moral et politique plus évident que celui de mes films précédents. Je crois que le moment est venu de dire ouvertement les choses. »[2]

Zabriskie Point nous apprend que la violence ne réalise pas forcément les résolutions. Il nous montre aussi que les échappées permettent de se ressourcer. Les exploits érotiques sublimés par les envolées planantes du fond sonore des Pink Floyd ne sont pas là que pour l’esthétique, cet amour reprend en image le « Make love, not War » des hippies et l’opéra explosif de la villa luxueuse rêvée par Daria est une réponse radicale au monde arrogant dans lequel on vit.

Enfin, reposons une nouvelle fois la question : Zabriskie Point, est-il un film optimiste ? Réponse : « Je ne laisserai pas le spectateur libre de tirer ses conclusions, mais que je chercherai à lui communiquer les miennes. »[3]

Finalement, tout film peut être beat à sa manière : par le sujet traité, par la manière dont il traite un sujet, par le message qu’il essaye de transmettre, etc. L’influence du mouvement se ressent dans l’approche qu’entreprend un réalisateur pour donner de l’âme à son film et la Beat Generation est un parfait manuel à suivre pour jaillir de la vivacité dans une œuvre cinématographique.

Alejandro Jodorowsky et Brontis Jodorowsky dans El Topo

Alejandro Jodorowsky et Brontis Jodorowsky dans El Topo

Mon approche personnelle dans l’interprétation de ces quelques films choisis montre aussi que le spectateur est important dans l’exégèse d’un movie. Il rajoute un sens personnel à une œuvre qui devient ainsi une œuvre participative. Donc un film peut être beat pour les yeux de quelqu’un et absolument pas aux yeux des autres. On peut aussi expliquer cela par la contextualisation : un film acquière une interprétation à partir du contexte dans lequel il a été diffusé. Exemple : El Topo d’Alejandro Jodorowsky, passé d’une œuvre fictionnelle indépendante à une œuvre fictionnelle indépendante-métaphysique-sensationnelle-abstraite-culte grâce à sa diffusion en tant que Midnight movie…


Sur ces belles paroles subjectives, nous marquons la fin du dossier Beat Generation. J’espère que vous avez bien kiffé, si c’est le cas faites-le nous savoir ! Et sinon, on vous encule embrasse.

Pour lire la première partie du dossier consacré à la Beat Generation, clique n’importe où sur cette phrase, ça va t’y emmener, tu verras c’est magique.

 


[1] FOGLE, James, Drugstore Cowboy, Editions 13e note, 2011, p. 84.

[2] Cinema Nuovo, N° 7-8, 1968.

[3] Ibid.