En amont de paysages gracieux ou entre les ruelles sombres des vieux quartiers, en solitaire ou accompagné de son épouse toute de blanc vêtue, il va contre vents et marées à la rescousse de son patrimoine perdu, surplombant villes et montagnes et affublés, elle, d’une longue étoffe de soie, et lui d’un long manteau de laine couvrant son visage, appelé Djellaba.

Comme la plupart des super-héros, Moul El Djellaba est masqué et a une double identité. Lorsqu’il n’est pas au secours des plus « aveuglés par la modernité », la Djellaba au vent, ou à la rencontre d’autres artistes, il s’appelle Badreddine Debba et est photographe, comme un certain Peter Parker.

La raison pour laquelle la réelle identité de Moul El Djellaba est d’être photographe n’est pas anodine, elle est essentielle. Car l’existence même de Moul El Djellaba repose sur ce fait.

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Tel un B. Wayne orphelin, il n’a pas de réel super-pouvoir mais n’a pas de réelle fortune non plus. C’est ballot mais c’est comme ça. Et puis, il n’en a pas vraiment besoin car ce que fait Moul El Djellaba, c’est errer, exister. Et c’est tout ce qu’il lui faut pour sensibiliser, pour tenter de sauver son patrimoine et pour ajouter une pierre à l’édifice que représente la culture de son pays.

Moul El Djellaba a commencé son périple à travers les paysages algériens il y a maintenant trois ans. Les débuts ont été difficiles car rejeté par les siens à cause de son affublement aujourd’hui boudé et démodé, il décide de déserter, visage masqué, à la recherche de son identité perdue. Sa Djellaba, « synonyme de sagesse, car portée par les cheikhs et les savants, symbole de résistance car prisée par les moudjahidines », est au centre de sa quête et symbolise son dévouement aux coutumes d’antan et son envie d’apporter un plus à sa culture, en interrogeant, de son art, la société algérienne à propos de ses traditions et son patrimoine à peine protégé.

Si on voit notre culture comme un trésor, ou un super-pouvoir pouvant sensibiliser, interroger, apaiser les mœurs ou affirmer une identité ; alors forcément, il y aura des forces maléfiques qui essaieront de la détruire, de la manipuler à leur guise, une kryptonite. Pour les contrer, il faut à cette culture un protecteur, et pour Moul El Djellaba, le protecteur, c’est le peuple. Les artistes, les savants, les écrivains. Et dont il est, peut-être, le protagoniste, le porte-drapeau, ou dans ce cas-là, le porte-djellaba. (J’avoue elle était facile).

L’art de Moul El Djellaba c’est d’exister. Tel une « Ombre qui marche », tel Le Fantôme, au milieu des champs, au dessus des rochers ou en haut des buildings.

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Et comme tout super-héros qui se respecte, il a une fidèle compagne, Moulet el Hayek, symbole de l’importance qu’a la femme dans la société. Leur plus profond désir à eux deux, remonter le temps et vivre dans un pays qui n’est pas en mal de ses repères identitaires. Utopie, certains commenteront…

A l’image de Thor, de Hulk ou de leurs petits copains, Moul El Djellaba a aussi ses « Avengers ». Dans la deuxième partie de son périple, il va à la rencontre de ses amis artistes, ces « héros » qui font vivre la culture algérienne de leur art. Des noms faits pour figurer dans de vrais comics : L’Homme jaune, El Moustache, la troupe Istikhb’art pour ne citer qu’eux.

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Jusque-là, c’est beau, c’est mignon, c’est louable. Mais en fait… mais en fait c’est tout à fait ça, sauf que comme toute bonne aventure de super-héros, faut bien qu’un vilain méchant vienne s’en mêler. Et ce n’est pas pour rien qu’au troisième chapitre de sa quête, Moul El Djellaba fera face à un ennemi : lui-même. (Oui, un peu comme Spiderman et Venom).
Il va « muer et se transformer en une sorte de monstre (…) qui se retournera contre lui, ne le laissant plus avancer, lui effaçant la mémoire, le sombrant dans la tristesse ». Symbole de cette modernité qui s’installe irrépressiblement dans nos vies chaque jour, laissant nos traditions, comme toute chose qui n’est plus de son temps, aux oubliettes.

 

 

Oui ? Qu’entends-je ? La Batmobile de Moul El Djellaba ? Bah c’est vous. Suffit de le suivre sur sa page, de partager ses photos et vous le verrez arpenter les murs de vos profils comme seul Spider-cochon saurait le faire.

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