Comme son nom l’indique, ce concept nous fera découvrir à chaque article un court-métrage (ou plus!) qu’on a kiffé, tout en références et analyses foireuses.

“Créer sans demander, le faire sans faire crédit, guider sans interférer, ceci est la vertu originelle.”

Ce sont les quatre règles qui définissent le mystérieux projet de courts-métrages, Takeaway Scenes. On n’a pas tout compris mais le résultat est extra… allons voir tout ça.

Le concept

Une « takeaway scene » est un court-métrage composé d’une seule scène filmée sans cut, sans générique, sans crédits de fin et dont les acteurs et techniciens sont anonymes. Chaque court-métrage ne doit contenir que 2 à 5 acteurs, être adapté d’une pièce de théâtre ou d’un scénario original, tourné à la lumière naturelle, sans aucune musique ou fond sonore et avec une dernière règle assez particulière : les acteurs doivent écrire eux-mêmes l’histoire de leur personnage.

Le concept est pour le moins original, pertinent et encourage la création (sans gros moyens techniques) et ajoute en revanche des contraintes pour créer un certain sentiment de défi à relever. Cependant, nous n’en savons pas plus et le projet reste tout de même très mystérieux. Presque aussi mystérieux qu’un petit pois dans un ascenseur. Non non je l’assume celle-là.

Le fait de réaliser la scène (longue de 7 à 13 minutes et donc pas facile à réaliser) en un seul plan séquence, met l’accent sur le processus de répétition (du jeu des acteurs), l’exploration de leur personnage et la création d’un environnement sûr consacré, surtout, aux acteurs. Peut-être là une évolution du concept du 4ème mur ? Non, je ne dis pas ça que pour vous renvoyer à mon article, non…

Je n’exagérerais pas en vous disant que chacun des sept Takeaway Scenes m’a laissé à la fin de ceux-là, circonspect. Oui, cir-cons-pet. Parfois avec humour et souvent avec émotion. Le projet est à mon sens du concentré de génie, pour l’effort, l’originalité et la qualité de ce qui en résulte.

Bouquet

Leur premier court-métrage, Bouquet, met en scène la désillusion d’une jeune femme ayant récupéré le bouquet de la mariée au retour du mariage de sa sœur, quand son petit-ami lui prépare une surprise pour le moins maladroite. La femme, troublée, et l’homme, hésitant et confus, nous offrent une magnifique scène de couple et huit minutes d’acting sublime mené par des dialogues excellemment bien écrits. Une scène « lâchement » interprétée de la pièce All Aboard the Marriage Hearse, ainsi décrite sur la description de la vidéo.

 

Jumpers

La cinquième takeaway scene réalisée, Jumpers (en cover de l’article), est plus sobre que les autres et très conceptuelle, et sans doute la plus intéressante et pertinente cinématographiquement parlant, mais surtout, la plus agréable à regarder.

Le court-métrage traite de deux sujets, aujourd’hui encore, sensibles et tabous (les dévoiler serait du spoil donc shuut.) et la réalisation ainsi que le travail sur la photographie, entre autre du fait qu’ils soient minimalistiquement sublimes, ne sont pas anodins. Nous découvrons les deux protagonistes (ou leurs ombres) d’abord en plan large. Assez large et les ombres assez noires pour nous rappeler qu’on ne sait rien d’eux et qu’on n’a encore aucune idée de pourquoi ils s’engueulent. Le tout avec des feux d’artifices en fond (sonore et lumière). Les couleurs des explosions contrastent avec les ombres et sont là pour peut-être accentuer la frustration du jeune quant au sujet tabou cité plus haut. Au fil et à mesure que l’on découvre les personnages, les plans deviennent plus serrés, les ombres moins obscures et les couleurs plus discrètes.

Autres Takeaway Scenes

Sur les sept takeaway scenes réalisées jusque-là, le jeu des acteurs est très juste voire même excellent parfois, on leur pardonnera certaines lignes maladroites mais ces courts-métrages étant des interprétations de scènes tirées de pièces de théâtre, on se dit que ses acteurs y sont peut-être habitués.

Les mouvements de caméra, particulièrement dans Bouquet et Motherfucker, sont très doux et maîtrisés et nous plongent en réelle immersion dans la scène. Celle dans Motherfucker, d’une intensité rare est peut-être la scène la mieux jouée tellement les acteurs sont justes, avec un ratio de fuck à la minute assez conséquent. Tony Montana en serait fier.

Dans Saints, très différent des trois autres court-métrages, on est (encore) bercé par la justesse des acteurs, des dialogues et surtout, par la sensibilité et la vulnérabilité des personnages. Des personnages toujours très travaillés et atypiques, et souvent, on retrouve cette vulnérabilité qui lie certains d’entre eux. Saint est de loin mon court-métrage préféré, minimaliste, lent et émotionnellement très intense. Juste beau.

Principles :
I . Honesty is king.
II . Perfection does not exist. There is only experimentation.
III . There are no schedules, regular events, or deadlines. There are only scenes, and the people crazy enough to make them.

 

Les autres courts-métrages sont à découvrir ici (vas-y clique-moi wesh !).