La BD japonaise est la meilleure BD de l’univers, et ses auteurs, les Mangakas, sont les plus créatifs et les plus diversifiés. Dans cette rubrique on vous présente un auteur à travers une sélection de ses œuvres, qu’il soit connu ou underground, prolifique ou non.

ATTENTION : Cet article contient des dessins qui peuvent choquer les petites âmes toutes sensibles et qui font pipi quand ils ont peupeur.

Un dessin peut nous procurer plusieurs sentiments : la tristesse, la joie, ou encore le malaise ou le dégoût. C’est ces deux derniers sentiments qui se retrouvent dans la plupart des œuvres horrifiques de la bande dessinée, et surtout dans la bande dessinée venue du pays du soleil levant. Le manga horrifique est un genre du manga qui reste assez peu populaire, notamment certaines de ses branches comme l’Eroguro (un art visuel et narratif qui mélange horreur/gore et érotisme, cherchez sur Google Images, ça fout le malaise), et cela est notamment dû aux délires et aux idées complètement farfelues, morbides et glauques de ses auteurs.

Junji Ito en train de dessiner tes pires cauchemars

Junji Ito en train de dessiner tes pires cauchemars

Mais parmi tous les auteurs de manga d’horreur, il y en a un qui a réussi à sortir du gouffre, à faire connaître au grand public ce genre particulier de mangas et à s’imposer comme le big boss de ce domaine.

Il s’appelle Junji Ito, il est né en 1963 à Gifu, il a appris à dessiner en s’inspirant des dessins de sa grande sœur, et il a publié son premier manga, Tomié, en 1987 alors qu’il travaillait dans un cabinet dentaire qu’il décide de quitter quelques années plus tard pour se consacrer à plein temps à la bande dessinée. Faisons connaissance avec lui et son univers, à travers quelques unes de ses œuvres.

 


1- Gyo (2 tomes, 2002)

Gyo 1

Couvertures de l’édition française par Tonkam

Tadashi et sa copine Kaori partent passer leurs vacances dans le chalet de l’oncle de Tadashi à Okinawa. Tout se passe bien jusqu’au soir où Kaori commence à sentir une odeur nauséabonde autour d’elle. Quand soudain, un poisson à pattes fait son entrée chez eux. Ils arrivent à s’en débarrasser mais ils ignorent que ce n’est que le début d’une invasion qui transformera l’humanité…

Gyo 2

Ce manga risque de vous faire détester le poisson

Découpée (lol) en deux tomes assez différents, Gyo est une histoire haletante du début à la fin. On suivra le jeune Tadashi qui essayera tant bien que mal de s’échapper le plus loin possible de la menace des poissons, pour sauver sa peau et pour calmer sa copine ultra-hystérique qui ne supporte pas l’odeur du poisson. Même si le manga commence comme une simple histoire d’invasion de monstres dans son premier tome, il surprendra le lecteur en prenant le virage du post-apocalyptique vers la fin du manga.

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Moi quand j’apparais sur ton fil d’actu.

La représentation graphique des monstres marins est surprenante tout en étant dégoutante. Les poissons sont dessinés avec un réalisme dérangeant et glauque, qui nous montre la facette la plus moche de ces créatures. Le second tome introduit également des malformations et des transformations humaines hideuses et monstrueuses, mais pas pour autant traumatisantes. Pas pipi.

Ce n’est certainement pas l’œuvre la plus choquante ou la plus glauque de l’auteur, mais c’est sans doute celle qui aura le plus d’effet sur le lecteur, qui deviendra parano et se retrouvera en train de fouiller les recoins de sa maison à la recherche de poissons à pattes (c’est ce que j’ai fait, oui.).

GYO 3

Pages de droite et gauche : Le mystère de la faille d’Amigara. Page du milieu : La triste histoire d’un père de famille.

En bonus à la fin du second tome, deux courtes histoires qui n’ont rien à voir avec le reste du manga : « La triste histoire d’un père de famille » qui tient sur 4 pages, et « Le mystère de la faille d’Amigara ». Ces deux histoires, qui différent énormément de l’horreur de Gyo, se placent plus dans le domaine du mystère et du paranormal, et rappellent énormément les récits de H.P.Lovecraft, l’une des principales influences de l’auteur.

H.P. Lovecraft, par Junji Ito

Dessin de H.P. Lovecraft, par Junji Ito.

 


2- Uzumaki (3 tomes regroupés en une intégrale, 1998-1999)

Couverture des trois tomes et de l'intégrale, édités en français par Tonkam

Couverture des trois tomes et de l’intégrale, édités en français par Tonkam

Certainement son œuvre la plus connue et la plus acclamée, Uzumaki (ou Spirale dans sa version française) n’est pas l’histoire d’un ninja blond, mais celle de Kurouzu, une paisible ville japonaise mais sur laquelle plane une terrible malédiction : la malédiction de la spirale. Ouuhh. On suit le quotidien de Kirié, une jeune résidente de cette ville, qui va voir ses proches, ses parents ou ses voisins se transformer en obsédés de la spirale, voire carrément des spirales eux-mêmes.

Uzumaki 1

Le dessin de droite est certainement le plus connu de l’auteur.

Chaque chapitre du manga correspond à un incident étrange auquel témoigne Kirié, et chacun de ces incidents est relié de près ou de loin à un seul et même fil rouge : la spirale. Ouuuuhh. Et avec cette idée mise en place, Junji Ito se permet une liberté totale dans sa narration et explore quasiment toutes les formes possibles d’horreur narrative qui existent : attaque de monstres, paranormal, invasion zombie, métamorphoses, gore et même le post-apo vers la fin (oui encore une fois). C’est ce qui rend la lecture de Uzumaki très prenante et très dérangeante à la fois.

Uzumaki 2

Couvertures des chapitres

Permagel, par Charles Burns

Permagel, par Charles Burns

 

 

Le dessin également varie pas mal, tantôt les traits sont fins et les dessins soignés, tantôt ils sont assez brouillons et très crasseux, ce qui accentue le sentiment de malaise du manga (notamment dans les passages les plus gores). Et certaines doubles-pages sont visuellement magnifiques, surtout celles vers la fin du manga qui le feraient passer pour une œuvre de science-fiction. Les « couvertures » de chaque chapitre sont très réussies et rappellent parfois les affiches des vieux films d’horreur italiens. On remarque parfois des ressemblances avec la BD indépendante américaine, notamment avec le travail de Charles Burns au niveau du dessin des « monstres ».

 

 

 

Cerise sur le gâteau, en analysant l’œuvre on peut y voir une critique des méfaits du capitalisme (représentée par la spirale), du jugement des autres, et globalement de la société japonaise contemporaine.

 

Uzumaki 080

Le manga contient aussi quelques somptueuses pages colorisées.

En bref, Uzumaki est un chef d’œuvre de bande dessinée et un classique du manga, un condensé d’horreur qui démontre tout le talent et l’imagination morbide de son auteur.

 


3- One shots :

Collec

One shots édités en français par Tonkam.

En plus de proposer d’excellentes œuvres telles que les deux citées plus haut, le véritable talent de Junji Ito transparait à travers ses nombreux one shots (publication en un seul volume) et histoires courtes, où il peut développer tout ce qu’il veut, et mettre en avant toutes les idées qu’il a en tête, le tout en un seul tome. La collection Ito Junji Kyofu Manga Collection regroupe à travers ses 16 tomes, toutes les premières histoires de l’auteur. Certains tomes contiennent des chapitres qui se suivent mais la plupart sont indépendants les uns des autres, ce qui fait qu’en un seul tome vous assisterez à la démonstration ultime de l’imagination morbide et malsaine du mangaka à travers plusieurs histoires courtes. Un bon nombre de ces tomes ont été édités par Tonkam en version française, mais d’autres ne sont disponibles qu’en traduction amateur sur Internet, voire disponibles uniquement en japonais.

Quelques pages random

Quelques pages random

Personnellement, je vous conseille de prendre un des tomes de cette collection pour commencer, vous n’êtes pas obligés de lire tous les tomes et toutes les histoires (ce qui peut être assez dur car certaines sont assez mal dessinées), mais après en avoir lu trois ou quatre vous serez prêt à plonger dans le monde fabuleux de Junji Ito.

OS 2

Couvertures de chapitres random


Conclusion :

Si on devait retenir qu’un seul nom dans la bande dessiné d’horreur, ça serait celui de Junji Ito. Parce que le monsieur est non seulement très productif, mais il diversifie énormément son approche de l’horreur, et il le fait souvent dans une seule et même histoire, tout en gardant une cohérence narrative dans son récit. Depuis l’annonce de sa collaboration sur le défunt projet Silent Hills de Hideo Kojima et Guillermo Del Toro (snif), on n’a pas reçu de grosses nouvelles de cet auteur. Mais on attend ses prochaines histoires avec impatience, non seulement pour le sentiment de terreur et de malaise que nous procure ses œuvres, mais aussi pour voir quelles nouvelles idées ont germé dans son génial cerveau.

Il sait même dessiner des Pokémons !

Il sait même dessiner des Pokémons !

 

Liens utiles :

  • Interview de l’auteur lors du 42ième festival d’Angoulême par le génialissime Meloku, en cliquant ici.
  • Guillermo Del Toro qui parle de Junji Ito :

  • Une de ses histoires adaptées en motion comics par des fans :

(d’autres sont disponibles sur Youtube)