La folie, la vie, la mort, l’amour, l’argent, la fantaisie ou encore un bad trip au LSD, voici tant de sujet que l’on peut aborder en musique, le plus beau dans tout ça, ce n’est pas l’angle d’attaque mais la façon de le faire. Écrire tout un album avec comme fil rouge une histoire que l’on ressent et que l’on vit, dont le refrain nous reste en bouche, comme un cultissime The Wall des Pink Floyd avec Another Brick In The Wall part II ou Comfortably Numb.

En d’autres mots, le concept-album est une figure de style assez excitante qui ravit les oreilles, ce concept, cher aux groupes de musique progressive. Le style s’est néanmoins propagé dans d’autres genres musicaux, tel que dans la musique pop. Les Beach Boys ont produit un des meilleurs albums de tous les temps avec Pet Sounds, considéré aussi comme étant le premier du genre, rien que ça !

Pour situer la chose, l’élaboration d’un concept-album peut démarrer d’une simple boucle harmonique qui sera utilisée pendant tout l’album (Dark Side Of The Moon des Pink Floyd en est le meilleur exemple), ou peut aussi être toute une histoire, Metropolis pt. 2 Scenes From A Memory de Dream Theater ou encore The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis sont de purs chefs-d’œuvre narratifs qui nous plongent dans une histoire où la fin reste malgré tout heureuse.

L’apport du concept-album à la discographie d’un groupe est inégalable, il n’est pas là pour vendre mais pour donner de la crédibilité à l’artiste. On voit mal les groupes ou artistes actuels, sauf quelques exceptions, arriver à se transcender pour se dépasser et sortir la quintessence de leur identité musicale, car le concept-album est le ticket vers cette route qui fait entrer un artiste dans la sphère de l’exceptionnel !

Bien que l’on ne puisse pas passer sur les spécialistes du genre, Pink Floyd, qui ont quand même écrit pas moins de six concept-albums, mais dont la discographie peut être qualifiée de concept à elle seule. Il y a des groupes qui se sont démarqués, à l’instar de Jethro Tull, les britanniques, emmenés par l’autodidacte flutiste Ian Anderson, avait sorti Thick As A Brick en 1972, concept-album en forme de réponse à la presse qui avait qualifié leur précédent album, le monumental et culte Aqualung, de concept-album au rabais.

Autres maîtres du genre, The Who, leur charismatique leader Pete Townsend avait, en vrac, pensé The Who Sell Out, Tommy et Quadrophenia. Il échoua à en faire un autre néanmoins, Lifehouse, ce qui n’empêcha pas sa réalisation sous une forme peu commune. Malgré l’album abandonné, les titres composés furent utilisés dans d’autres galettes. On retrouvera les restes du concept dans Who’s Next, Who Are You ainsi que The Lifehouse Chronicles.

 

Mais tout ceci n’est qu’histoire, légende et racontars que tout bon lecteur qui se respecte pourrait tout simplement envoyer valdinguer pour laisser place à ce qui nous intéresse, Muse, vilain petit canard boiteux qui ne trouve grâce aux oreilles des Inrock, qui nous balancent de la vibe bien mièvre tout en crachant au passage sur ce groupe sauveur d’un Rock And Roll pas prêt de s’éteindre.

La bande à Matthew Bellamy a sorti en juin dernier le très attendu, par les fans évidemment et de tout bon amateur de musique intelligente, l’excellent Drones.

Vous voulez du son de malade ? , sans vous faire attendre, peu de sons synthétiques, un retour aux sources en quelque sorte et de belles gifles auditives. Le fantôme de Freddie Mercury se fait bien sentir dès les premières notes de Dead Inside, les morceaux Psycho ou encore Reapers ou Defector, qui nous plongent dans un son hard rock/heavy metal pas du tout désagréable.

The Globalist nous envoie dans un univers assez vicieux. Imaginez le casting. Sergio fait appel à Ennio Morricone, jusqu’ici tout va bien mais ce dernier va plus loin en engageant Pink Floyd pour l’exécution de quelques pièces. Faut pas s’emballer, ce n’était que Muse qui aura voulu rêver de tout cela.

Il y aura toujours des sceptiques qui n’avaient déjà pas trop aimé The 2nd Law mais bon, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. On leur dira seulement qu’à côté nous avons le grand danger que le rock mourra dans d’atroces souffrances à cause d’un manque de foi total en un groupe qui aura su redresser la barre d’un style indémodable, le concept-album qui nous fait vivre bien des péripéties avec des hymnes qui restent collés à nos oreilles.

*L’œuvre musicale d’Ennio Morricone a inspiré la composition de Knights of Cydonia

On peut reprocher à Muse ce fâcheux défaut à la démesure mais que serait un groupe de rock sans cette dernière ? Je ne sais pas pour vous mais pour moi, des explosions partout, des trompettes et des chevaux au galop, on ne va pas voir ça chez Lorie… sauf dans un nanar.

Parce que c’est le gros cheveu dans la soupe, voire la perruque. C’est bien beau de faire un concept-album, encore faut-il qu’il n’aille pas dans la prétention et faire des ronds de jambe. Muse pêche parfois dans cette démesure dans laquelle le groupe se noie par moment. La bande à Bellamy aurait-elle pris le chou ?

Tout cela est donc vain ? Pas le moins du monde. Si tu as envie de t’éclater à écouter les turpitudes d’un mec paumé dans le monde pourri auquel nous appartenons, l’album est pour toi. Si tu es un petit complotiste à la mords-moi-le-nœud, tu vas aimer le fait que Muse retraite les mêmes sujets, à savoir le nouvel ordre mondial pour les nuls, big brother et l’écologie. Cet album ne quittera pas ta playlist.

Trève de louanges pour dire deux ou trois trucs pas sympa sur Muse. Ils sont trois, prétentieux et riches, ça suffit à n’importe qui pour les détester, eux et leur fâcheuse tendance à vouloir devenir les nouveaux Queen. La voix suraigüe de Matthew Bellamy et son jeu de guitare impulsif et tranchant sont aussi des motifs de fâcherie, en plus du fait qu’on peut le considérer comme un « guitar-hero ».

Mais au final, Drones reste malgré tout un album marquant pour 2015, même si The 2nd Law reste au dessus du panier (ben oui, tous les mélanges étaient là en 2012). Que nous réservera Muse à présent ? Personne ne le sait mais la suite est logique : tournée monstre, puis deux ou trois années sans nouvelles ni coup de fil, puis un album qui fera oublier l’autre… Vivement la suite !

https://www.youtube.com/watch?v=I4IzSRK5CTo